Stalingrad

─ Je me suis totalement trompé, l’Homme ne changera jamais, l’Homme nouveau n’existe pas.

On s’est acharné à créer une société nouvelle où personne n’aurait rien à envier au voisin. Mais il y a toujours quelque chose à envier, un sourire, une amitié, quelque chose que l’on n’a pas et que l’on convoite.

Dans notre monde, même s’il était soviétique, il y aura toujours des riches et des pauvres, riches en talent, pauvres en talent, riches en amour, pauvres en amour…

Stalingrad de Jean-Jacques Annaud fait parti des films que je prends toujours plaisir à revoir.
Ces mots, mit dans la bouche du commissaire Danilov, interprété par Joseph Fiennes rappellent l’impossible équation de la vie en société. Si on ne manque jamais de reprendre la citation d’Aristote sur la nature politique de l’Homme, il découle de cette indispensable vie en société une contradiction fatale entre liberté et égalité.

Tels les plateaux d’une balance impossible à équilibrer, toute liberté donnée créée une inégalité, et la recherche d’égalité restreint d’autant la liberté de tout un chacun.
De part notre diversité, de part le caractère unique que revêt chacune de nos vies, les talents innés, les capacités ne sont pas réparties équitablement entre tous. La chance de certains devenant facilement la malédiction de l’autre. Et l’envie naît de ce terreau irréductible.
Alors la vie en groupe essaye tant bien que mal de rectifier cela. Le fort est mis au service du faible qui le rétribue en conséquence (logique féodale). Le fort est restreint pour qu’il ne puisse pas écraser le faible (logique étatique)…

Malgré tout, et comme le dit Danilov dans le film, il restera, même si on touche à l’égalité parfaite telle que décrite dans le socialisme et le communisme (disparition des classes) par l’existence des talents, des dons, une différence impossible à résoudre entre les Hommes. Les capacités, les forces et faiblesses de tout un chacun sont autant de démonstration de notre liberté, car se sont par ces mêmes talents et au travers d’eux qu’elle s’exerce, qu’elle trouve son application au milieu des interactions avec nos congénères.
Si l’Etat forme une barrière, à la fois protection et prison, il s’efforcera, comme le dit si bien l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme, de les rendre égaux en droits. Du moins, la déclaration  affirme qu’il s’agit d’un droit naturel.
Mensonge que cela: l’égalité des droits n’est créée que par la fiction de l’Etat. Ce sont ces mots en lesquels nous croyons, lois, coutumes, bienséance, ce que vous voulez… qui tentent de faire de l’égalité en droits une réalité.
La Loi (au sens très large) s’échine, quand elle est juste, à entretenir cette égalité.
Il n’en reste pas moins que, en dépit de tout cela, les élites se reproduisent entre elles (La reproduction. Bourdieu et Passeron). En plus des « capitaux » sociaux, culturels et économiques, les talents et autres facilités qui sont le propre de l’Homme entretiennent les inégalités. Le talent devient donc une chance pour celui qui en bénéficie, il peut grimper dans l’échelle sociale. L’absence de capacité, elle reste une malédiction condamnant celui qui en souffre à ne jamais quitter sa condition.

Il y aura toujours quelque chose à envier au voisin. Il y aura toujours un vide sur lequel pleurer.
La vraie force de l’Homme est alors de savoir avancer en dépit de cette adversité invincible, par delà le bien et le mal.

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