BD/Mangas #4: Basewood

En ce moment, ma collection/recherche de BD et mangas  vit une période de transition.
Cela fait une éternité que je n’ai pas acheté de BD franco-belge (je pense que mon dernier achat était De Cape et de Crocs T.10) et je commence, petit à petit, à lorgner du coté des bande-dessinées américaines.
Mon premier coup de cœur est venu avec les œuvres de Jason Shiga, dont j’ai déjà parlé sur ce blog et que je recommande chaudement.
Les BD amerloques ont longtemps été pour moi un répulsif car de mon point de vue, ce sont des BD qui oscillent entre le crétinisme du comics de super-héros, tout en redondance , et les errements branlatoires de hipster new-yorkais.
Ma lecture de L’Art Invisible de Scott McCloud a su modifier cette vision, car même si l’ouvrage reste sur la BD en général et sans tenir compte des frontières, le fait que son auteur soit américain suscite l’envie de s’intéresser à autre chose par les exemples qu’il donne le long de son ouvrage.

Beaucoup de mes mangas sont désormais “sur les rails”, c’est à dire qu’ils attendent patiemment leurs suites et même si j’ai débuté de nouvelles séries, comme Cesare de Fuyumi Soryo par exemple ou The Arms Peddler de Night Owl, je note un certain ralentissement comparé à la frénésie que j’ai pu connaitre…

Après la relecture de De Cape… que j’ai fait avec un plaisir immense, je suis allé chez mon libraire, à la fois pour le saluer cordialement et aussi pour me renseigner sur l’arrivée prochaine du Gaston Version Originale T.13 , véritable pierre d’achoppement de ma collection.
Si le salut cordial se fit avec joie, je ne manque pas non plus ce moment pour lire ses conseils avisés, qui par le biais de petits papiers collés sur les BD, donne un avis toujours constructif, justifié et surtout passionné.
Typiquement le genre de truc qui me file l’envie d’acheter: J’ai toujours été rebuté à l’idée de laisser quelques sesterces sur une couverture ou un feuilletage paresseux…

Une BD, avec son petit papier explicatif, attira mon regard: Il s’agit de Basewood. de Alec Longstreth.

basewood-cv

Un homme se réveille blessé dans une forêt.

Passablement amoché, il va réussir à se rafistoler un peu avant de se lancer à la recherche d’un abri. Le bonhomme est débrouillard et arrive tant bien que mal à sortir de la forêt où il découvre une maison en ruine. Il se bricole un abri pour la nuit au milieu des gravats et s’endort.

Au cours de la nuit, un dragon (oui, oui, carrément) fonce sur lui et détruit son abri de fortune. Contraint à la fuite, il retourne dans la forêt quand il fait la connaissance d’un ermite, Argus, qui lui explique qu’il ne doit pas quitter la forêt à cause de la Bête.

Notre homme, totalement amnésique, va suivre Argus pour survivre et essayer de comprendre qui il est et d’où il vient…

Œuvre massive, qui a demandé sept ans à son auteur, Basewood marque tout d’abord par son dessin. D’une simplicité extrême, tout en noir et blanc, il frappe surtout par le sens du détail hallucinant dont fait preuve son auteur. Travaillant visiblement sur des planches grand format, il prend plaisir à dessiner ses décors avec une attention presque maniaque: ici, une planche montrant la forêt où tous les arbres seront dessinés. Là, une averse dessinée goutte à goutte ou des arbres dont l’écorce est texturée avec toujours ce même feutre, noir sur blanc.
L’auteur joue aussi avec la densité du noir pour faire varier les teintes et jouer sur des faux gris: Maillage patient d’un vêtement par des traits entrecroisés, traits verticaux placés avec une rigueur géométrique pour parfaitement doser une ombre.
Un tel travail de précision, toujours simple, limpide, donne aux planches une richesse incroyable. Aucun effet de manche comme un travail à la palette graphique sur Toshop. Un homme, seul avec son stylo qui déploie des trésors d’imagination pour récréer, réinventer la réalité. L’exemple le plus saisissant apparait lors des scènes de tempête de neige, où Alec Longstreth va jusqu’à dessiner les flocons un à un, jouant sur la densité de ceux-ci pour rendre avec justesse impressionnante le déchaînement de la nature.

Car c’est bien de nature déchaînée dont il est question ici.

Argus, notre ermite, vit seul dans les bois et les décors, les habitudes de trappeur, tout dénote un univers alternatif mais comparable à l’Amérique des pionniers du XIXème siècle.
Un univers dur, sans concessions qui laisse la place uniquement à des joies simples, évidentes pour nous mais qui peuvent vous être arrachés en un instant.
Toute la BD parle de cette reconquête, de cette volonté de se battre pour survivre d’abord, puis pour s’accomplir ensuite.
Et quand votre bonheur vous a été arraché de façon définitive, cette même soif de vivre, de se battre, sert à se relever pour chercher, sinon le réconfort, au moins la vengeance.
Tout est simple dans cette bande-dessinée. Les personnages ne sont pas  torturés, leurs visages ne sont pas complexes et c’est cette simplicité qui leur donne une portée infinie, qui touche directement leur lecteur. Quand un personnage est triste, le simple fait de le voir suffit à vous communiquer cette tristesse, le moindre bonheur esquissé vous seras immédiatement transmis.

Basewood est sublime, car il sublime tout ce qu’il aborde, il touche par cette simplicité à l’essence même des choses et les livre sans fioritures donnant aux actes les plus simples et les plus normaux une beauté que l’on perd souvent de vue.
Je pourrai m’étendre plus longtemps sur la symbolique des pionniers de l’ouest, du dragon et continuer encore sur certains détails sur certaines planches qui ont su me faire pleurer, mais se serait vous gâcher la surprise, Basewood se découvre, comme un territoire vierge, inhospitalier mais qui peut se dompter pour qui s’en donne les moyens et ne renonce pas.

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