Girls und Panzer: Pantsu et Guderian…

Ou les explications foireuses sur l’univers d’un anime qui n’en mérite pas tant…

A la base, cet article aurait du s’appeler: « Girls und Panzer: le nazisme et le moe« . J’étais très fier de ce titre, parfaitement convaincu qu’un tel niveau de troll-Godwin allait me garantir une visibilité et prolixité de commentaires digne d’une intervention de JulienC expliquant avec David Cage pourquoi la WiiU et la PS Vita sont des consoles de merde doublés d’échecs retentissant qui tueront le jeu vidéo et laissant un boulevard aux tablettes.
Buzz garanti.
Demandant assistance à mon comparse et ami Sirtank, celui-ci m’a conseillé, et à bon escient, de choisir le titre que vous voyez ici-même, référence plus subtile à ma problématique et moins connotée Troisième Reich, puisque le Tribunal de Nuremberg a jugé que Heinz Guderian, grand manitou des chars pour le compte d’Adolf, a tué des gens de façon adéquate avec son métier de soldat, c’est à dire sans en faire des caisses et en restant mesuré et courtois au niveau des obus.
Je laisse aux historiens le bon soin de juger de la pertinence de cette décision. Nous allons chercher la polémique ailleurs.

Nous allons donc parler ici de la série d’animation japonaise « Girls und Panzer » sortie en 2012 et produite par Actas et réalisé par Tsutomu Mizushima.
Il sera question ici d’expliquer le cadre si particulier de cette série, notamment de voir en quoi elle peut être la projection uchronique d’une victoire de l’Allemagne nazie pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

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Miho Nishizumi est une lycéenne qui vient d’être transférée au lycée pour jeunes filles Oarai. Bien décidée à se faire un tas de copines malgré son attitude un peu maladroite elle va rencontrer rapidement Saori et Hana qui deviendront ses nouvelles amies.
Alors qu’il est plus que temps pour les nouvelles élèves de se choisir un club, le Conseil des Élèves annonce en grande pompe la réouverture d’un vieux club, le Club de Sensha-do, littéralement la Voie du tank. Car, oui le tank c’est un sport, une manière de vivre que se doit de respecter une jeune fille de bonne famille.
Ce club se voit soudain mis en avant par le conseil et il va d’ailleurs se précipiter sur Miho afin de la recruter.
Miho cache en effet un secret: elle fait partie d’une lignée matriarcale de pilote de char émérite, dépositaire d’un style au même titre que les arts martiaux.
Malheureusement, cette dernière, déshéritée et traumatisée par son expérience passée avec les chars s’oppose à ce qu’on lui demande. A force d’insistance elle va malgré tout accepter de faire revivre le club.
Et c’est avec ses nouvelles copines qu’elle va se hisser, matches après matches jusqu’au tournoi mondial qui l’opposera à sa sœur aînée…

Maintenant, réfléchissons sur ce qui pourrait justifier un tel état de faits.
Pourquoi le combat de char deviendrait-il subitement une spécialité de combat typiquement féminine et surtout si grandement valorisée malgré un atour un peu vieillot (ouais, piloter un T-38 c’est aussi mainstream et old-school que le scrapbooking et le crochet).

Je vois déjà les esprits chagrins me toiser du haut de leur parfaite assurance, encouragés par leur esprits mesquins et m’expliquer avec force condescendance que mon propos est inepte.
Non, cet anime, est juste crétin sur les bords et propose une alliance complètement what the fuck entre le fan service un peu pervers du moe et la passion tout aussi dévorante qu’ont certains vis-à-vis des armes et des chars dans le cas présent.
Je répondrai avec la verve prolixe et le verbe haut qui me caractérise, deux points ouvrez les guillemets: « Oui. »
Oui, cette série c’est juste ça.
Par contre, je suis typiquement le genre de garçon à me demander pourquoi le cheveu fut coupé en quatre. Et par conséquent, quand je me suis demandé pourquoi un tel univers pour cette série, j’ai soudain eu un faisceau de faits et de présomptions qui se sont mis en branle. Le propos de cet anime a peut-être été plus réfléchit que son apparente décontraction le laisse démontrer.
Et cette réflexion, que je devine simplement, laisserait à penser soit à une sorte de connivence bon enfant avec quelques doctrines nazies, soit à une projection réaliste et objective de ce qu’aurait pu devenir le monde si les circonstances avaient été différentes.

C’est débile comme article, hein?

Et ben on y va.

En chantant.

Le postulat de départ de Girls und Panzer est le fait que la simulation sportive de combat de chars d’assaut est une activité typiquement féminine.
Si on essaye de réfléchir au pourquoi, on se rend compte qu’il faut un préalable: Dans quelles circonstances des femmes auraient pu se retrouver de façon massive aux commandes des tanks au point d’en faire une prérogative propre, une sorte de chasse gardée qui se seraient transformée avec le temps en activité hautement valorisée pour jeune filles de bonne famille.
Ce préalable est simple, pour se retrouver aux commandes de chars et s’amuser ensuite  à simuler des combats, il faut avoir fait la guerre avec ces mêmes chars.
On arrive donc à une première hypothèse dans Girls und Panzer: suite à une guerre, les femmes se retrouvées aux commandes des chars.
La nature de cette guerre se devine par les machines elles-mêmes qui sont le plus souvent des machines de la Seconde Guerre Mondiale.
Si dans notre « réalité », les femmes ont activement participé à l’effort de guerre durant ce conflit, elles ne se sont pas trouvés non plus en masse sur la ligne de front. Or, le fait qu’elles pilotent des chars par récréation dans l’univers de l’anime, présuppose obligatoirement une activité militaire combattante pour la gent féminine qui fait écho à un passé glorieux (dixit la valorisation de cette activité)
Vous suivez?

Pour arriver à un point où les femmes soient obligées de faire la guerre en première ligne et de façon massive, c’est tout simplement par déficit d’hommes. L’extrême majorité du personnel combattant durant cette guerre reste les hommes (c’est complètement obvious). Maintenant, si vous vous placez dans une hypothèse où le déficit d’hommes serait tel qu’il faille regarnir les rangs par des femmes, on arrive à la conclusion logique que dans Girls und Panzer, la Seconde Guerre Mondiale s’est éternisée…

Tellement éternisée que par manque d’hommes combattants, les femmes ont pris le relais et ont achevé cette guerre.
A partir de là, les femmes étant devenues majoritairement des soldats, elles ont pris à leur compte ce savoir-faire guerrier pour essayer de lui trouver un but récréatif et décomplexé. Par la même, on comprend alors aisément que le combat de chars, rappelant le souvenir de ces héroïnes tombées au combat, est une activité grandement estimée mais un peu vieillotte car rappelant un vieux conflit de 60 ans…

Tout ce tient.
Si si j’insiste.
Mais vous n’y croyez pas une seconde,  je le vois bien…

La Seconde Guerre Mondiale s’est éternisée dans l’univers de cet anime (nous verrons plus tard une autre preuve de cela) cela suppose donc des chamboulements géopolitiques assez importants.
Durant les douze épisodes de la série, on rencontre six équipes de filles combattantes et qui suivent une structure de 3 fois 2. Pourquoi 3 fois 2? Tout simplement parce que chaque équipe représente un pays avec d’un coté les vainqueurs de Yalta (E-U, Royaume-Uni, Russie) et de l’autre les puissances de l’Axe (Japon (l’école et l’origine de notre héroïne), l’Allemagne qui fait office de boss de fin, et l’Italie qui apparaît deux secondes à l’écran comme losers).

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On appréciera la parenté avec les chemises noires de Mussolini…
Vous l’avez aussi dans Axis Powers Hetalia (excellente série au demeurant, très drôle)

Les six principaux pays-puissances  militaires de cette série sont donc les anciens belligérants de la Seconde Guerre Mondiale, en occultant totalement le fait que trois pays ont leur place dans le combat de chars par leur puissance militaire respective, la France, Israël et la Chine.
Ces trois pays sont inexistants dans la série alors qu’ils produisent des chars, et des bons mêmes. Regardez le Merkava et le Leclerc.
Une explication logique à cela: Ces pays n’existent pas… Tout simplement. Du moins pas dans la forme que nous leur connaissons. Un char français est présent dans la série, mais c’est un vieux machin. Entre-temps en 39, la France a été envahie et occupée. Pareil pour la Chine. Et si la WW II s’éternise, il y a peu de chances pour qu’Israël puisse avoir vu le jour…
Si la France et la Chine n’existe pas sur la scène internationale c’est qu’ils sont encore les jouets de leurs occupants respectifs.
A partir de là, on déduit que le débarquement de Normandie n’a pas eu lieu, Et si il n’a pas eu lieu, eh bien les Alliés n’ont pas renversé le IIIème Reich, ni envahit l’Allemagne.
En conséquence logique, Hitler ne s’est pas suicidé et son régime a suivi son cours jusqu’à la fin…

Ça fait peur hein?
Et tout ça c’est raconté avec des filles trop moe qui croient au pouvoir de l’amitié. Et aussi aux chars lourds, d’accord. Le pouvoir de l’amitié marche mieux avec un canon de 76.2 mm.

L’uchronie va donc assez loin et semble curieusement assez structurée. Mais cet état de fait va encore plus loin. Si on continu le jeu logique des conséquences, alors le maintien du nazisme en Europe (mais qui s’arrête à l’Angleterre), empêche le déroulement de la Guerre Froide.
Même si les deux pays E-U et URSS ne sont pas forcément de grands potos d’un point de vue idéologique, ils n’ont pas le temps, ni les moyens désormais de se foutre sur la gueule. Surtout que les puissances, supposées dans la série, de l’Allemagne et du Japon, s’interposent entre ces deux blocs.
Sans Guerre Froide, le bloc communiste n’a pas nécessairement besoin de s’effondrer, et en effet, dans Girls und Panzer, la Russie est toujours communiste.
Le monde de cet anime est donc une sorte de vision uchronique de notre monde tel qu’il aurait pu être si la WW II s’était achevée sur un « match nul », sur une sorte d’épuisement complet des belligérants qui préfère désormais cohabiter en chiens de faïence dans la paix et rejoint par une sorte de sport/combat un peu cathartique, le combat de char.
Exsangue humainement à cause du choc démographique, le monde de GuP est une sorte d’uchronie crépusculaire teintée d’une normalité-banalité assez effrayante.
Les six grandes puissances de la WW II sont toujours là, plus stéréotypés dans leur position que jamais,  sclérosées dans leur rôles et leurs poncifs respectifs cohabitant dans une sorte de paix amère et bon enfant car y réfléchir amène un cortège d’horreurs au milieu des 2-3 délires pantsu-fan service- moe qu’est cette série.

Et ces horreurs, on les entr’aperçois.
Nos jeunes filles sont élevés à bord d’un navire-école gigantesque, qui est sans nul doute une autre preuve de la longueur du conflit.  En s’éternisant, on essaye d’abréger la guerre par des moyens militaires toujours démesuré, rappelant la course aux armements et la logique allemande de la Wunderwaffe. Ces navires titanesques que l’on devine obsolètes désormais, sont reconvertis pour accueillir des écoles d’élite qui visent, et c’est dit texto, à valoriser des jeunes filles pures pour en faire l’élite d’une nation.

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Uchuu Senkaaan Yaaaaamaaaatooooo!!!!!

On parle donc clairement de pureté qui ne serait possible que dans un milieu autarcique et militarisant.
Girls und Panzer, tu commence à jouer à un jeu dangereux…

Et concrètement, la chose va assez loin. L’École d’élite soviétique est un goulag, et l’École de la Forêt Noire, celle de nos jeunes filles na… hrmph montre des uniformes entre Werchmacht, SS et jeunesses hitlériennes…

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Les uniformes ont été créés par Hugo Boss, il parait.
Bah oui on trolle, on trolle…

Si là concrètement, je n’ai pas fait le plein de Points Godwin pour cette année…

Y’a t-il une conclusion à tirer de tout ça?
D’abord, si je reste convaincu que mon hypothèse de départ est bonne, à savoir, que cette série reste un bon gros délire pour otak’. Il n’en reste pas moins que je trouve la structure de l’uchronie plutôt pertinente.
Elle présente un univers qui respecte un enchaînement factuel logique qui découle à partir d’autres postulats qui sont incrustées en filigrane dans la narration. C’est la marque des bonnes uchronies.

Ensuite, il y a toujours cette sorte de fascination pour la technologie de la Seconde Guerre Mondiale et les chars. Heinz Guderian a d’ailleurs lui-même été un grand promoteur de cette idée d’une armée allemande « propre » qui ne faisant que son taf’ en se détachant des problèmes politiques et des horreurs de la Gestapo ou des SS. Cette imagerie conduit à une sorte de fascination pour l’Allemagne de cette période et les Japonais ne sont pas les derniers à suivre cette fascination. Vous trouverez sans problèmes une foule maquette et  mêmes des figurines de certains officiers allemands.
Et la normalement, vous avez un petit frisson le long de votre échine.

Peu compréhensible pour nous, ce pragmatisme (on reste sur les chars, les combats et le fun) vis-a-vis d’une période aussi sombre semble toujours flirter avec des idées ambiguës et qui ne semblent jamais bien loin.
Alors fascination réelle ou juste intérêt bon enfant?

Derrière son paravent moe, Girls und Panzer reste d’abord un monument de fun aux combats épiques mais laisse aussi, au spectateur occidental, un curieux goût d’étrangeté que je vous laisse le soin d’estimer.

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Un commentaire pour Girls und Panzer: Pantsu et Guderian…

  1. Karas dit :

    Quel plaisir de lire cet article sur cet anime OVNI croisement improbable entre naziploitation des années 70 et du moe. En tout cas, ta conclusion décrit parfaitement toute l’ambiguité que certains spectateurs occidentaux pourraient ressentir face à ce background bien particulier.

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