Quelques gothic lolitas #36

Anecdote.
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Le dimanche matin, c’est le moment de ma séance bi-hebdomadaire de jeu vidéo.
Je suis au lycée et le poids des objectifs de réussite ne saurait s’alléger par des instants de détente trop nombreux. Le dimanche matin, c’est donc un moment de félicité où mon esprit peut se focaliser sur la seule manette, loin des tracas des résultats et de l’imbécilité (supposée ou avérée) de mes condisciples.

Le jeu vidéo raisonnablement consommé apporte ce que je nomme la solitude positive, une petite parenthèse dans nos vies qui est plus que de la simple  détente. Car le jeu vidéo, c’est aussi un moment d’épreuve, de test, c’est le moment où il faut chercher l’ordalie, le jugement d’une entité extérieure et incorruptible qui mettra en exergue nos faiblesses et qui, dans la foulée, nous aidera à les combler.
Jouer aux jeux vidéos, c’est être seul, et cette solitude a aussi ceci de positif qu’elle permet de responsabiliser le joueur. Si il échoue, il devra son échec à lui-même et si il gagne, la victoire est personnelle et ne se positionne pas, dans une domination malsaine, en rapport avec l’échec d’autrui.

Alors que ma partie débute selon un rituel immuable et rassurant, voilà qu’une obscure cousine de la famille débarque  accompagnée par son merdeux d’une dizaine d’années.
Sacrilège! Jaloux de mon bonheur ainsi perdu, je fais montre d’une inimitié que n’aurait pas renié la Bête du Gevaudan si elle s’était levée de la patte gauche prise dans un piège à loup.
Un bonjour maugréé entre mes dents et les yeux fuyant le contact,  rien de tel pour signifier que votre territoire est menacé et qu’en retour vous êtes menaçant.
Le merdeux, que nous appellerons Ludovic par commodité (pardon aux Ludo qui sont sympa au passage), s’installe, sans mon accord, à la table face à la télé.
Je ne supporte pas que l’on me regarde jouer.
Pire! Je ne supporte pas qu’un gamin me regarde jouer.
Je suis devant le Retour du Roi sur Playstation 2. Si le jeu est assez moyen, il garantit néanmoins d’assez bonnes sensations de beat’em all, mais il souffre d’un rythme complètement à la rue…
Alors que je lacère avec Aragorn les rangs orcs, je sens le regard de mon spectateur indésirable. Il est silencieux, preuve de son attention. Hors de question pour moi de perdre! Le game over devant un gosse? Jamais! J’ai ma fierté, bon sang de bois!
Le jeu, heureusement, n’est pas d’une difficulté insurmontable et je traverse les niveaux pendant que les minutes s’égrainent. Ludovic ne rate pas une miette de ma partie. Il va demander quelque chose, je le sens.
Je lance un niveau de plus après l’upgrade de mon perso, Ludovic change de position sur sa chaise:
─ Tu sais qu’on peut y jouer à deux, me dit-il.
La deuxième manette de ma PS2 repose aux cotés de la console, enroulé dans son fil, prête à être utilisée.
Sans tourner la tête, un nouveau combo craché à la force de mes phalanges sur des orcs de polygones, je lâche enfin:
─ Oui, oui, je sais…
Et je relance un nouveau combo avec Aragorn.
Seul. Bien sûr.

La partie du dimanche matin, elle est sacrée…

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