Mechadesign #7.2: Les différentes visions du mechadesign. Partie 1.2 Le space opera.

Le vaisseau spatial dans la science-fiction.

II: Le space opera.

En ce moment, le gosse que j’étais refait surface. Petit, j’étais un fondu d’astronomie, de physique et de sciences en général. Ne ratant jamais un « C’est pas sorcier », fan absolu d' »Il était une fois la vie », j’étais bien décidé à faire une carrière d’ingénieur. Malheureusement, même si je me démerdait pas mal avec la masse molaire, les ions, et que j’arrivais à expliquer sans problèmes au collège ce qu’était un lymphocyte T (ouais je ne suis pas modeste), les mathématiques ont fini par m’achever et me faire prendre conscience que le S ne m’allait pas si bien… (ah ah ah).

J’ai malgré tout gardé un intérêt pour ce domaine et cet article de mechadesign en est la preuve. Avant de vous parler design, carlingue ou que sais-je, autant vous expliquer ce qui m’a remotivé à reprendre cette série d’articles qui parlera des influences du genre space opéra sur le mechadesign.

Ayant lu beaucoup de ce qui se faisait en astronomie grand public, seule une actualité avec Curiosity ou les exo-planètes pouvait me faire rêver à nouveau.
Or, voilà que la sonde Voyager 1 nous a transmis un premier pic de rayonnements cosmiques, preuve que la sonde est en ce moment en train de sortir de l’heliopause, la zone d’influence du rayonnement solaire qui nous protège des radiations beaucoup plus brutales des supernova hors de notre système. Peu de temps après un deuxième pic supérieur au premier prouve que la limite n’était pas encore tout à fait franchie. Sauf que si les données n’arrivent que maintenant c’est donc que la sonde est beaucoup plus loin que cela. Elle est donc vraisemblablement le premier objet de fabrication humaine à avoir quitté le système solaire, à se confronter à l’espace intersidéral, avant que l’on perde définitivement sa trace.
Putain, mais vous vous rendez compte? Le premier objet à quitter le système solaire, carrément! Dans un monde entièrement exploré, couvert par les satellites qui voient tout et qui vous retrouvent à 1 cm près, voilà que de nouveau une nouvelle terra incognita s’offre à nous, même si c’est juste pour la toucher du doigt.

Par conséquent, je reprends cette série d’article là où je l’avais laissée pour parler de ces explorateurs de l’espace, fictifs cette fois, ceux qui ont de grands vaisseaux aux formes hétéroclites et qui répondent à l’appel l’espace.

Le space opera, définition succinte.

Le space opera est le sous-genre de la science fiction qui est sans doute le plus connu et représentatif du genre. Les space opera sont des récits qui impliquent et acceptent le voyage spatial, la présence de races extra-terrestres et dont les histoires sont souvent symboliques. Le space opera se déroule sur des grandes échelles, de temps, de distance, de personnages. Sagas familiales, histoire de planètes et d’espèces entières, guerres interminables entre des systèmes stellaires…
Vous voyez tous ici de quoi je parle mais bon il faut bien définir la chose^^.

Le space opera a une place tellement ancrée dans l’imaginaire que l’on considère comme parfaitement normaux les vaisseaux spatiaux que le genre propose. Or il y a derrière ses apparences un parti pris de mechadesign, et une évolution de ce dernier qui font que notre imaginaire à assimilé des choses que nous trouvons normales et logiques alors qu’on aurait pu peut-être les aborder différemment dans d’autres circonstances.

Le mechadesign du space opera est en fait dépendant de l’état des connaissances scientifiques à un degré moindre que pour la Hard S-F. Là où la Hard S-F se doit de respecter des connaissances précises pour un maximum de crédibilité. Le space opera doit lui, juste coller à l’idée que l’on se fait de l’espace et répondre aux impossibilités matérielles par des deus ex machina qui trouve leur sources dans des hypothèses scientifiques non démontrés ou adaptées que l’on extrapole pour y apporter le degré de science nécessaire dans la fiction.

Le contexte est donc important pour comprendre le mechadesign du space opera. En effet, prenons l’une des premières oeuvres de science-fiction écrite par un certain Cyrano de Bergerac: Histoire comique des Etats et Empires de la Lune. Alors certes, le contexte extra-terrestre est une prétexte à la satyre (ou au programme des Lumières et à l’utopie comme dans L’an 2440, rêve s’il en fût jamais).
Mais néanmoins on y voit l’un des premiers moyens de locomotion hors de la Terre. Facile à construire chez soi, ll vous faut une ceinture que vous sertirez de poches, elles-mêmes remplies de rosée du matin. Ainsi, plus léger que l’air vous vous élèverez au-dessus des masses ignorantes et donc droit vers la Lune.
Poétique? Sans doute. Du mechadesign? Oui, car c’est un moyen de locomotion. Et comme je l’ai dit, dans le space opera, le moyen de locomotion dépend de l’état des connaissances et des suppositions qui en découle.

Or, dans les années 20 l’époque des premiers Pulp de S-F, les auteurs ne savent pas vraiment ce qu’est l’espace (c’est encore un peu tôt pour connaitre Einstein) ni comment on peut s’y déplacer… Et à cette époque existe depuis longtemps les récits d’aventures de pirates ou de cow-boy. Dans les premiers surtout, il est toujours question de trésors cachés, d’équipage rebelles, de peuplades inconnues et cannibales parfois.
Les premiers space-opera de pulp vont donc reprendre ce corpus, cet ensemble de poncifs propres au genre et l’adapter dans l’espace, sans oublier Jules Verne au passage.
Et nous tenons là l’acte fondateur du mechadesign du vaisseau spatial dans le space opera qui perdure encore de nos jours mais de moins en moins fréquemment.

La base du mechadesign dans le space opera, c’est le bateau, tout simplement. Le moyen de locomotion pionnier dans notre exploration du monde furent les navires. Véritables microcosmes que l’on embarque avec soi, ils contiennent tout ce qu’il faut pour se défendre face à l’inconnu: provisions, armes, scientifiques, laboratoires… Une mini-ville, dernier bastion d’un groupe de représentants d’une nation qui ne sait pas trop où elle s’engage.
Le vaisseau spatial reprend donc à ce titre toute la terminologie de la marine pour créer son corpus de mythe dans le space-opera: On se trouve la passerelle, une cambuse, le capitaine y est tout-puissant, il a un second, il y a une infirmerie de bord et on lance les réacteurs en appelant les mécaniciens dans les entrailles du vaisseau comme au temps des transatlantiques à vapeur.
Tout pareil.
De même, dans l’espace on raisonne en terme de flotte et nombreux sont les vaisseaux qui reprennent à leur compte la terminologie des navires de guerre: destroyer stellaire et corvette corelienne de Star Wars, croiseurs spatiaux dans Dune… Le meilleur exemple de cette relation ou le plus parlant du moins est le célèbre Space Battleship Yamato de Leiji Matsumoto.

Dans cette œuvre, c’est ni plus ni moins qu’un véritable navire de la Seconde Guerre Mondiale, le Yamato, qui est renfloué et rééquipé pour aller dans l’espace. Et d’ailleurs tout l’oeuvre de Leiji Matsumoto reprends cette analogie espace/océan avec Captain Harlock. Même si ces vaisseaux sont moins connoté « marine », on notera le gaillard d’arrière qui est une référence directe aux vaisseaux de ligne de l’Histoire moderne.

Si les premiers modèles de vaisseaux spatiaux à la Buck Rogers reprennent des design fuselés (un peu comme l’obus de Jules Verne dans De la Terre à la Lune, voir la couv’ plus haut), on bascule vite vers un contexte maritime et parfois même un design complètememnt maritime, exemple avec l’idée de la voile solaire pour se déplacer.

Au fur et à mesure, les design plus « maritimes » vont disparaitre avec l’évolution et la diffusion des connaissances scientifiques. Les formes vont commencer à verser dans l’hétéroclite, même si les vaisseaux humains gardent des profils typiques proches des lourds croiseurs et cuirassiers de la première moitié du XXème siècle. Le fait d’imaginer des cultures extra-terrestres va obliger à penser à une altérité de technologie et par la même, le design va commencer à adopter des formes non-conventionnelles pour nous.

La typologie du mechadesign des vaisseaux humains dans le space opera.

Car en effet, un vaisseau spatial humain, quand il est confronté à des vasseaux extra-terrestres, répond à un ensemble de critères, à une sorte de charte graphique.

D’un point de vue de mechadesign donc, le vaisseau humain garde un profil de navire avec un carénage complet, des parties distinctes, passerelle, pont, mess, quartiers d’équipage. Son armement, si le vaisseau est militaire, est souvent placé en batterie avec des canons typique des cuirassés (japon) ou discret (Star Trek). Les design sont métalliques et sombres, toujours dans le gris et la encore référence à la marine, le nom du navire est écrit dessus. (U.S.S Enterprise.).

L’occident par contre aime bien les profils accidentés, les lignes fines, les détails précis aux traits globaux plus classiques là où le Japon préfère les design très typés et différents, mais avec le larges aplats et surtout de la couleur.
Le mechadesign occidental est en règle générale un allergique à la couleur qui reste toujours sur un design industriel avec des matériaux bruts, lié à l’acier, aux métaux froids.

Le mechadesign japonais joue lui sans problèmes sur les couleurs pour figurer encore mieux la représentation des protagonistes à l’écran.

Cette liberté de design et de couleurs est aussi une question de symbolique, de rapports entre le guerrier et son arme, mais nous parlerons de ça plus en détails dans un prochain article. 

Exemple très simple avec les vaisseaux de Star Wars tout en fioritures mais avec des design droits, géométriques, alors que l’Archangel de Gundam Seed laisse apparaitre de longues « panels lines » accompagné par un design non conventionnels commun.

Il faut raisonner, pour comprendre cette distinction, en terme objectif pour l’occident et en terme subjectif pour le Japon. Dans le mechadesign occidental, le vaisseau est un outil, il est remplacable. Le X-Wing de Luke Skywalker n’a pas de petit nom, c’est un bout de ferraille qui parle par le biais de R2-D2..
Dans le mechadesign japonais, le vaisseau est attaché au pilote, il a une identité propre et est difficlement dissociable de ce dernier.

La fusion des deux genres aura notamment lieu avec Ulysse 31 qui est le fruit d’une collaboration franco-japonaise. Pour l’Odysseus, les japonais voulaient un vaisseau guerrier avec les canons à la Yamato mais c’est sans compter sur nos pacifiques français qui n’aiment pas la guerre.
Shoji Kawamori se chargera de ce design, sachant qu’un certain Manchu fera aussi ses débuts sur cette série. 
Un vaisseau qui reste dans une couleur sombre, plein de détails mais avec une forme extrêmement originale et surtout symbolique, l’Odysseus est par la même, un parfait mélange entre mechadesign occidental et japonais.

Aujourd’hui, la fusion des deux continue sans être cependant pas le résultat d’une concertation voulue et poussée mais le fruit d’une interpénétration de cultures.
Le mechadesign des vaisseaux de Mass Effect est une parfaite illustration de cela. Si nous regardons de plus près le Normandy, nous ne pouvons que constater la fusion des deux genres avec les lignes simples de la carlingue (occident) couplé à un nombre réduit de petits détails (Japon) et surtout a de larges surfaces lissent qui laissent la place a un peu de couleurs sur la coque. L’armement est discret respectant là une tradition occidentale, de même que la plupart des features du vaisseau sont justifiés par la célèbre théorie de l’unobtainium qui s’appelle ici l’élément Zéro.
La volonté n’est pas consciente ou clairement affichée mais témoigne bien à mon sens de l’arrivée d’une nouvelle génération d’artistes et de designer habitués aux animes.

Le fait de penser à des vaisseaux extra-terrestres amène toujours la S-F dans le terrain glissant de l’anthropocentrisme. Si le humains ont une saveur de mechadesign particulière, alors les extra-terrestres aussi. Et le problème avec la S-F, c’est qu’elle a tendance à prêter des caractéristiques ultra-spécifiques aux E-T et la chose se retrouve dans le mechadesign.
Ainsi, que dire des Asari de Mass Effect qui ont, en tant que E-T femmes (la femme est une fonction dans Mass Effect comme chez les Schtroumphs), des vaisseaux aux formes douces et arrondies (sans commentaire sur les vaisseaux de leur flotte qui est franchement avec son ouverture béante, assez… Parlante. Putain les mecs, un peu de sérieux et d’imagination s’il vous plait…).

Alors que pendant ce temps les fiers turiens guerriers ont des vaisseaux aux profils acérés, anguleux et phallique.
Comme toujours dans le space opera, le mechadesign des E-T est relié directement aux traits de caractères que l’on prête à ces mêmes extraterrestres. C’est un poncif qui a bien du mal à disparaitre.

En outre, particularité dans les mechadesign E-T, soulignons aussi le poncif du méchant = organique. Que ce soit avec les Zerg (Starcraft 2), les Tyrannides (Warhammer 40,000), les Vajra (Macross Frontier) ou les Yuuzhan Vong (Star Wars), si votre technologie est à base de structures vivantes alors vous êtes le méchant de l’histoire (. On soulignera néanmoins que les Vajra de Macross Frontier ne le sont pas tout compte fait. Par contre, en occident ne leur trouvez pas de salut.

Au final, le mechadesign du space opera vit une transition. Même si le genre reste vissé à l’anthropocentrisme, il en reste pas moins que certains auteurs laissent les vieux vaisseaux à retaper à grands renforts de tôles pour des formes plus nouvelles. Vaisseau-arbre « Yggdrasil » dans le Cycle d’Hypérion de Dan Simmons, les vaisseaux ovoïdes et tout-puissants de Peter Hamilton dans la Trilogie du Vide, on note sur une certaine tendance à rejeter le mechadesign daté du vaisseau/navire pour repenser le déplacememnt imaginaire dans l’espace.
On peut quitter à regrets les coursives sombres et grises d’un vaisseau de pirates de l’espace, mais n’est-il pas bon de renouveller notre imaginaire?
Car il restera toujours des aventuriers de papier, ou de pellicule pour rêver encore d’espaces infinis et de périls aux conséquences universelles.

Space, the final frontier. These are the voyages of the starship Enterprise. Its five year mission: to explore strange new worlds, to seek out new life and new civilisations, to boldly go where no man has gone before.

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