BD/Mangas #2: Jason Shiga

Aujourd’hui, le travail de libraire ressemble furieusement à un Tetris anxiogène où il faut réussir à placer une chute continue de nouveautés dans les rayonnages, pour en faire de jolies lignes qui partiront au pilon une fois la ligne complète.
Mais votre libraire favori trouvera toujours cinq minutes pour absorber un maximum de ces arrivages et vous proposer, au détour d’un petit carton amical, la BD qui sort du lot, celle qui faut lire pour en sortir grandi sur tous les plans.

Je vais donc vous parler des deux BD édités en France d’un auteur que j’ai découvert récemment, Jason Shiga. Auteur de BD américain, il est diplômé de mathématiques à Berkeley. C’est cet esprit logique qu’il exprime dans ses BD dont je vais parler au travers des deux albums qui sont sortis en France.

FLEEP.

Dans cette catégorie de BD que le professionnel averti nous a conseillé (à moi et ma chérie), il y a un petit OVNI qui s’appelle FLEEP.

Déjà le format interpelle: Couverture souple, noire et format à l’italienne (un demi A4, la planche fait 2 lignes). Le bouquin ne paye pas de mine par son épaisseur mais l’enthousiasme du vendeur fait le reste. Ma chérie se spécialisant dans tout ce qui est BD zarb expérimentales, c’est elle qui l’achète (merci mon amour, pour ma part je concentre mes efforts et mes deniers sur la partie mainstream de la BD) (et je la cite car si j’oublie je vais me faire incendier dans ces colonnes).

FLEEP raconte l’histoire d’un homme qui rentre dans une cabine téléphonique. Pour une raison indéterminé (au début du bouquin) il va s’évanouir et se réveiller dans cette même cabine.
Sauf qu’entre-temps, la cabine téléphonique entière est recouverte de béton…
Il s’ensuit alors un huis-clos où notre héros doit tout redécouvrir, son évanouissement l’ayant rendu amnésique.
Que fait-il dans cette cabine? Pourquoi y’a t-il du béton autour? Pourquoi est-ce que les inscriptions autour de lui ont changé de langue? Et plus important encore, comment se sortir d’une cabine téléphonique entièrement recouverte de béton?
Notre personnage va alors se livrer à un exercice de déduction froid et méthodique exceptionnel digne d’un Sherlock Holmes (le vrai, pas ce pantin métrosexuel à effets spéciaux voyants interprété par Benedict Cumberbatch) et démontrer une débrouillardise à faire pâlir un MacGyver.

La sensation de huis-clos est bien rendue, chaque planche se compose de 6 cases rigoureusement identiques dont rien ne dépasse, effet se cumulant bien sûr avec l’unité de lieu et le perpétuel monologue du personnage principal. La BD est à lire pour triper à mort sur ce one-shot diablement efficace, speed, dont on veux voir le dénouement le plus vite possible.
Le style de Shiga est minimaliste mais parfaitement expressif. Des personnages caricaturés, ronds, simples comme les décors tout en noirs, blancs et nuances de gris, mais à la lecture, vous comprendrez je pense qu’il ne faut pas s’attacher au dessin qui n’est que le support du propos.


Si je vous ai donné envie de lire cette BD, on la trouve au éditions Cambourakis, mais si vous maitrisez très bien l’anglais, son auteur a mis la BD en ligne sur son site Internet.

FLEEP
Bookhunter.

Sa deuxième BD se nomme Bookhunter et change radicalement de style.

Fini le huis-clos, et place à l’action trépidante, avec un pitch de départ WTF. Bookhunter se déroule en 1973 et raconte une enquête de l’agent spécial Bay, un flic de bibliothèque chargé de retrouver et d’arrêter par n’importe quels moyens les voleurs de livre.
Si vous ne rendez pas votre bouquin à la biblio municipale, c’est Bay qui viendra le chercher et avec le SWAT!

Après une intro musclée, Bay devra enquêter au coeur de la bibliothèque d’Oakland en Californie: Une Bible de 1838 inestimable aurait été remplacée par un faux.
Epaulé par une équipe d’experts digne de CSI, et ayant a sa disposition tous les moyens possibles, Bay et ses agents vont livrer une enquête réellement passionnante dans ce milieu austère que sont les coulisses d’une bibliothèque municipale.

Toujours avec ce sens de la déduction et de l’enquête froide et méthodique que l’on retrouve dans FLEEP, Shiga nous fait sur-kiffer une fois de plus avec ce pitch un peu dingue, son intrigue policière bien menée et des scènes d’action excellentes avec toujours ce style archi-simple mais soutenue par un cadrage cinématographique bien dynamique. Ce cadre délirant permet de présenter toutes les subtilités de l’organisation d’une bibliothèque et parler de l’histoire du livre, de l’art de la reliure et de la contre-façon de livres rares et de rendre la chose vraiment intéressantes.
Si vous aimez cette BD, vous ne verez plus les bibliothèques comme avant.

Là encore, la BD est en ligne sur le site, mais je recommande vraiment de la lire en VO que si on est parfaitement bilingue. La complexité des termes employés rend possible la compréhension immédiate du propos mais c’est dans toute cette technicité, beaucoup plus compréhensible en VF, que l’on trouve tout le sel de l’enquête, ce qui en décuple d’autant le plaisir que j’ai eu à lire cette BD.

BOOKHUNTER

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