La magie et le jeu vidéo #4

Comment? Vous n’avez pas lu les trois précédents articles, foncez-y vite pour voir de quoi nous parlons avant d’aborder ce quatrième et dernier volet.

Les symboles magiques dans le jeu vidéo

Le jeu vidéo est une expérience éminemment visuelle. Par conséquent, quand elle met en œuvre les forces magiques, il est indispensable d’en démontrer toute la puissance par un décorum qui doit marquer l’esprit du joueur.

Un sortilège qui poutre, doit, surtout dans les RPG japonais, se lancer à grands renforts d’effets spéciaux. Quoi de mieux pour créer une telle ambiance que d’emprunter une partie de la symbolique magique occidentale. Voyons un exemple de cette porosité entre symbole et jeu vidéo avec deux exemples parlants (mais il y en aurait tellement à décrire!): les runes et le pentacle.

Commençons par un poème.

Les Runes

« Je sais que je pendis à l’arbre empli de vent
Neuf pleines nuits
 
Par la lance navré et livré à Odin,
Moi-même à moi-même remis

À ce haut tronc dont tous ignorent de quelle racine il surgit.
Point de pain ne me remirent
Ni de corne ;
Je scrutai en dessous,

Je ramassai les runes
Ramassai en hurlant
Aussitôt après je tombai.
Je bus un trait du très riche hydromel

Puisé dans la source d’ivresse.
Je me mis alors à germer
A murir ma sagesse
A pousser et à prospérer;

Le mot du mot
Au mot me conduisait
L’acte de l’acte
A l’acte me menait.

Tu découvriras les runes
Et les tables interprétées,
Très importantes tables,
Très puissantes tables

Que colora le sage suprême
Et que firent les Puissances
Et que grava le Crieur des Dieux.
Odin parmi les Ases les grava,

Pour les Alfes, ce fut Dáinn,
Dvalinn, pour les nains,
Ásvidr pour les géants,
J’en gravai moi-même quelques-unes.

Sais-tu comment faut-il tailler ?
Sais-tu comment faut-il interpréter ?
Sais-tu comment faut-il teindre ?
Sais-tu comment faut-il éprouver ?

Sais-tu comment faut-il demander ?
Sais-tu comment faut-il sacrifier ?
Sais-tu comment faut-il offrir ?
Sais-tu comment faut-il immoler ?

Mieux vaut ne pas demander
Que trop sacrifier.
Qu’il y ait toujours récompense pour don.
Mieux vaut ne pas offrir que trop immoler.

Voilà ce que Odin grava
Avant les origines de l’humanité ;
Là, il ressuscita
Quand il revint. »

-« Havamal »- « Les Dits du très Haut » . 980 ap JC.

Dans ce poème tiré de l’Edda Poétique, Odin obtient les runes et leurs pouvoirs en se pendant à Yggdrasil pendant neuf jours. Par ce sacrifice, qui est aussi un rituel d’initiation (la pendaison est le symbole du passage de l’ignorance à la connaissance, chose que l’on retrouve notamment dans le Tarot de Marseille.) Odin acquiert une magie qui lui permet de devenir le roi des dieux et d’avoir la connaissance du futur. (Il est donc parfaitement conscient de son destin dans le Ragnarok).

Les runes sont un système d’écriture mais aussi un moyen de divination (on tire les runes comme le Tarot). Cette écriture, de par son origine divine, revêt en elle-même un caractère magique et nombreux furent les viking à graver des runes sur la garde ou la lame de leur épées pour gagner quelques vertus au combat.

Utiliser des symboles pour acquérir des capacités, voilà quelque chose qui va intéresser le  jeu vidéo.

La graphie des symboles, alliée au caractère magique de la mythologie est une alliance parfaite pour le jeu vidéo. En terme de gameplay, il s’agira pour le joueur d’associer, de placer des runes sur ses équipements afin de leur donner des capacités nouvelles, ou d’améliorer les caractéristiques.

On place des runes nordiques sur les équipements de Valkyrie Profile: SiImeria. Il faut ensuite les disposer savamment par affinités afin de maximiser leur effets. C’est un exemple parmi d’autres bien sûr, les combinaisons d’associations étant au cœur de nombreux RPG.

Mais les runes sont aussi un système d’écriture et souvent à des fins de roleplay, les jeux vidéo proposent des écritures fictives. Ces graphèmes laissent libre cours à l’imagination de l’artiste qui trouvent des écritures en cohérence avec l’univers créé. La chose se retrouve aussi dans la magie où l’on fait passer des langues ou des écritures fictives  comme magiques avec par exemple l’Enochien de John Dee.

L’aphabet enochien

 

Parmi les exemples de « runes » on trouve notamment l’écriture de Gran Pulse dans Final Fantasy XIII ou l’Al Behd de Final Fantasy X. Cet alphabet fictif laisse parfois la place à un mini-jeu où le joueur doit se charger de la traduction.

L’alphabet Al-Bhed de Final Fantasy X

 

Le Pentacle ou Pentagramme.


Le pentacle est la célèbre étoile à cinq branches que l’on trouve pointe vers le haut ou le bas. Ce symbole trouve son origine en Mésopotamie mais il fut utilisé comme signe de reconnaissance entre les Pythagoriciens. Symbole d’unité de l’âme, il deviendra la symbole des quatre éléments auxquels s’associe la lumière comme cinquième élément. Ce n’est que plus tard qu’il deviendra un symbole de magie. 

Le nombre « 5 » symbolisé par le pentacle est la quintessence des quatre éléments. Par cette unité, il transcendait le « 1 » devenant par-là même un « 0 » métaphorique. (Rappelons qu’il faudra attendre les arabes pour que le 0 arrive dans nos mathématiques). Dieu étant « un », le Pentacle représente alors quelque chose qui transcende Dieu et diable, (si si c’est possible). Il devient « l’Abraxas », à la fois couple d’opposé, l’hermaphrodite transcendant tout. 

Pour d’autres, le pentacle est le symbole du féminin sacré, en relation avec les les mlythes d ela Déesse-Mère qui auraient été battu en brèche par le christianisme.

Le pentacle reste néanmoins un fourre-tout symbolique important, on peut y voir la représentation de l’homme et de ses cinq sens, une tête de bouc, le symbole maçonnique du Soleil…

Dans le jeu vidéo, le pentacle existe sous sa forme classique d’étoile à cinq branches mais ce sont surtout les exemples surchargés qui restent en mémoire. Grande spécialité du RPG nippon, le pentagramme puissance mille est là pour nous rappeler que l’on n’invoque pas de puissances de pacotille. Champion dans le domaine, Final Fantasy avec Orbital ou Arkh, de l’invoc’ au top de sa forme.

Niveau pentacles, Nosferatu n’est pas mal non plus.

Et c’est un véritable foisonnement de symboles: carrés, triangles, pentacles, octogones, tout y passe pour le bonheur des mirettes. On rajoute de l’écriture manuscrite pour faire classe et on superpose le tout.

Orbital fait mumuse avec de jolis pentacles. ^^ C’est mignon et ça dégage 50 000 HP.

Le decorum marche ici à plein régime et nul besoin de trouver une quelconque justification dans l‘emploi de tel ou tel symbole.

Les pentacles peuvent servir intelligemment un gameplay comme dans Castlevania: Dawn of Sorrow ou (avec le stylet).

Qu’il s’agisse de runes ou de pentacles, le jeu vidéo préfère souvent parler de glyphes et fusionne alors les deux dans des graphies nouvelles en cohérence, comme pour l’alphabet fictif, avec l’univers du jeu (Ninokuni sur DS).

Notons cependant une distinction entre J-RPG et RPG occidentaux : les premiers préféreront le foisonnement décrit ci-dessus alors que les seconds montreront plus de retenue, avec une démarche plus cohérente. En effet, le J-RPG utilise le pentacle en combat. Celui-ci entoure le héros qui lance sa technique telle une aura. Dans le RPG occidental, le pentacle apparait souvent dans le cadre d’un rituel. Il est alors fixe, ou n’est lié qu’aux seuls sorts d’invocations, ainsi, une boule de feu simple n’appelle aucun artifice lumineux supplémentaire. Cette retenue dans les effets spéciaux rejoint un peu la démarche dans le design des armes blanches, où l’accent est mis sur un semblant de réalité là où le J-RPG, explose nos codes culturels (et la vraisemblance) pour les renouveler entièrement. Cependant, cette distinction culturelle semble un peu se disloquer car désormais les sortilèges se veulent plus visuels et les armes plus impressionnantes dans les jeux occidentaux (voir WOW ou Darksiders)

 

J’ai parfaitement conscience de n’avoir qu’effleuré le sujet. Chaque phrase, chaque document lu et relu me lançait sur une nouvelle piste pour étoffer ma réflexion. N’ayant pas, de plus, une connaissance encyclopédique des jeux, il est évident que me suis concentré sur ceux que je connaissais le mieux d’où la débauche sur Final Fantasy…
J’ai surtout essayé d’être généraliste, car la moindre volonté d’aller en profondeur obligerai à refaire les jeux pour analyser le gameplay et le mettre en corrélation avec la symbolique. 
Il était d’ailleurs hors de question de m’attaquer à la présence des symboles et mythes asiatiques dans le jeu vidéo car c’est une armée de livres qu’il m’aurait fallu et à ce compte là, autant faire un mémoire ou une thèse sur la réappropriation et l’utilisation de la symbolique et des mythes par le jeu vidéo.

Ma démarche était juste de montrer, de lever un coin de voile sur le sujet pour encourager le néophyte à élargir ses horizons en s’intéressant aux symboles et à la mythologies, qui sont des clefs indispensables pour mieux comprendre nos jeux. Il est en effet curieux que l’on parle autant de magie dans le jeu vidéo mais que dans le même temps on s’intéresse si peu à la magie qui fait partie de notre corpus de mythes.
Certes la science désenchante le monde et nous démontre que la magie n’existe pas. Mais il reste quand même des gens qui pratiquent encore aujourd’hui ces rituels et qui y croient. Il n’est pas question de juger l’efficacité de tout cela, mais bien de constater son existence que se soit dans nos contes, ou quelque loge d’illuminés.

Obéissant à des impératifs strictement ludique, la magie dans le jeu vidéo ne peut malgré tout se passer d’un fond, d’un tronc commun de symboles, de termes qui jouent qui appelle dans notre inconscient à accepter cette fiction et à la trouver agréable. Si faire de la magie c’est vouloir, alors faire de la magie, c’est imaginer, tout simplement.

Et si il y a bien un moyen, un procédé qui permet d’amener à la réalité notre imaginaire, c’est bien le jeu vidéo.

Bref le jeu vidéo, c’est magique.  

J’espère que le voyage vous aura plu et je vous laisse avec le dernier rituel magique à tester chez vous. 

 

Bonus

Invoquer Ghaathnothoa. (Difficulté 4: Ardu)

Si l’envie vous prends de faire un high five avec ce Grand Ancien, voici comment s’y prendre:

Il vous faut:

Entre trois et six personnes

Un billet d’avion vers le site volcanique de votre choix.

Des chaines ou des menottes

Une cage

Un livreur UPS

Une piscine gonflable

Du bois en quantité importante

Un briquet

20 mètres cubes d’eau

Prévoir des assistants au besoin.

Avec le billet d’avion, rendez vous à proximité d’un volcan actif qui comporte des poches d’eau imposantes. (le Puy du fou ou de Sancy ne fait pas l’affaire malgré la présence de Volvic…).

Si le volcan fait défaut, vous pouvez vous rendre à proximité du lieu de sommeil de Ghaathnothoa, une petite île entre le Chili et la Nouvelle-Zélande fera très bien l‘affaire (c‘est un rituel tout simple, on fait ça entre potes)

Il faut ensuite un nombre de victimes humaines à sacrifier assez conséquent, comptez en 3 ou 4, 6 pour être large. Pour cela, faites vous livrer vos victimes dans une cage par UPS, (Attention, des frais de douanes peuvent s‘appliquer). Le livreur peut, au besoin, servir si le rituel manque d’une victime.

Avec vos victimes humaines que vous avez préalablement enchainées, vous les invitez, sauf un, à plonger dans la poche d’eau naturelle qui, du fait de la proximité volcanique, sera à la température idéale de 100°.

Il faut alors s’assurer de deux choses pour que le rituel se déroule correctement: maintenez vos participants de façon à ce qu’ils puissent décéder dans l’eau bouillante tout en prenant bien garde à ce que leur cris et plaintes soient audibles. C’est très important pour appeler Ghaathnothoa.

Si la poche d’eau naturelle fait défaut, sortez votre briquet, et allumer votre bûcher avec le bois. Pendant que l’eau chauffe, gonflez la piscine. Quand l’eau est prête, transvasez là dans la piscine et dépêchez vous d’immerger vos copains de rituels dans la pataugeoire. (Attention l’eau ne doit pas refroidir).

Si vous arrivez à bien ébouillanter vos sacrifices, Ghaathnothoa doit se manifester. Là, présentez lui la dernière de vos victimes (et surtout bien en vue hein!). Si jamais le chanceux désigné rechigne à faire son devoir, soyez persuasif, mais surtout ne la laissez pas s’échapper. Une fois qu’il est bien en place à coté de l’eau bouillante, Ghaathnothoa va s’incarner en elle. Pour ce faire, il va pétrifier votre dernier candidat au sacrifice. Une fois la pétrification accomplie, l’incarnation de Ghaathnothoa va apparaitre au travers de la statue.

Bravo le rituel est réussi!

Par contre, toutes les personnes présentes sont désormais maudites. En outre, Ghaathnothoa, en Grand Ancien qu’il est n’a que faire de vos souhaits et suppliques, il commencera à tout détruire, vous y compris si vous êtes sur le passage.

Ben oui, vous vous attendiez à quoi? 😀

Cet article conclu la première année d’existence de mon blog, je ne pensais pas tenir jusque là, donc merci à tous ceux qui m’ont suivi et qui ont apprécié mes élucubrations.

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